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Résumé :
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Au-delà des corrélations établies entre troubles psychiques, addictions et délinquance, les acteurs judiciaires et les professionnels de santé exerçant dans le « segment »1 médico-légal ont de tout temps insisté sur le refus ou les résistances des justiciables à l’idée d’engager des soins, justifiant d’introduire une pression judiciaire pour pallier cette absence d’adhésion. Loin de faire consensus, ces propositions ont systématiquement suscité des réticences, sinon une véritable opposition parmi les soignants, qui craignaient d’apparaître comme des auxiliaires de justice, a fortiori dans le contexte socio-politique des années 1970. Arguant que le processus thérapeutique était voué à l’échec sans un consentement libre et un engagement volontaire du sujet, ils dénonçaient la contrainte comme un obstacle à l’émergence d’une alliance thérapeutique, nécessairement basée sur la confiance et la confidentialité du dialogue clinique. Les soins pénalement ordonnés sont encore loin de faire l’unanimité parmi les professionnels de santé, mais une acculturation progressive se dégage de nos entretiens. Face à l’absence régulière de demande, la contrainte est majoritairement perçue comme un préalable obligé, pour suppléer et tenter de faire advenir une véritable adhésion thérapeutique (1). Elle est avant tout présentée comme un accompagnement, en soutien du condamné et non contre lui, au service de la clinique, dans une perspective qui oscille entre « cure » (soigner, guérir) et « care » (prendre soin). Malgré un large consensus sur le principe des soins obligés, plusieurs lignes de clivage séparent les acteurs judiciaires des soignants, les experts, médecins coordonnateurs ou relais se situant quant à eux dans une position intermédiaire
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